Contre la discrimination linguistique à la CAF du Morbihan

Publié le par Kuzul Sevenadurel Breizh

 
La décision de la CAF du Morbihan qui refuse son aide à un projet de crèche pour accueillir les enfants en langue bretonne au motif que l'usage du breton serait « un obstacle à l'accès universel des familles » interroge, sur ses motivations profondes, le Conseil Culturel de Bretagne qui est engagé avec EBLUL-France, Bureau européen des langues moins répandues, dans le Comité national de la Campagne « tous différents, tous égaux » aux côtés du Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative et de la Haute Autorité contre les Discrimination et pour l'Egalité sous l'égide du Conseil de l'Europe pour la défense des valeurs de respect de la diversité, d'égalité et de lutte contre les discriminations.
 
Cette décision constitue en effet, à l'évidence, une discrimination intolérable vis à vis des familles qui souhaitent justement cet accueil en breton, et qui selon le principe d'égalité ont droit aux mêmes aides que celles qui ont un accueil francophone. Le français seul serait-il universel ? Avec l'anglais, peut-être, puisqu'il semble que les crèches dans cette langue de prestige et dominante dans le monde, ne subissent pas la même discrimination. Drôle de conception du principe universellement reconnu de l'égale dignité de toutes les personnes et de toutes les langues, affirmé par la déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle et la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles que la France vient pourtant de ratifier en 2006.
 

Toutes les conventions internationales relatives aux droits de l'homme ne garantissent-elles pas l'égalité de droit « sans discrimination aucune fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue » ? Au titre du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, la France a déjà été condamnée en novembre 2001 pour son manque de reconnaissance et de soutien des langues régionales. Le Commissaire européen aux droits de l'homme Gil-Roblès a renouvelé cette condamnation dans son rapport sur la France en février 2006, tout comme l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ou le Parlement européen lui-même.

 

L'ouverture de crèches en langue bretonne accessibles à tous correspond en outre aux objectifs du Conseil régional de Bretagne qui s'est engagé à l'unanimité dans un plan de politique linguistique en reconnaissant officiellement le breton comme langue de la Bretagne à côté du français, conformément notamment à l'agenda 21 de la culture et aux conventions internationales sur le respect de la diversité culturelle et linguistique et aux objectifs européens et français de multilinguisme.

 

N'est-ce pas le rôle de la CAF, au service des familles et des enfants, de promouvoir et de renforcer les intiatives porteuses de développement social en lien avec la culture des territoires, de multilinguisme et de développement intellectuel des jeunes enfants prouvé par les tests effectués auprès des enfants au contact de plusieurs langues dès le plus jeune âge, quelle que soit la langue, internationale, régionale ou minoritaire ?

 
 

Au contraire, nous pouvons difficilement imaginer, en cette période électorale où un débat de société a lieu, un alignement de la CAF sur les positions les plus rétrogrades de rejet de l'autre, de la différence, de la diversité et d'enfermement dans un monolinguisme national obligatoire pour tous, comme le prônent certains.

Kemper, 14 mars 2007                                          

Pour le Conseil Culturel de Bretagne

Tangi Louarn, chargé des relations internationales et des droits.

 
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Publié dans Skoilhoù - Blocages

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