Réunification de la Bretagne : et si on avançait un peu ?

Publié le par Kuzul Sevenadurel Breizh

bretagne-prospective-logo-1-.jpgEcrit par Jean Ollivro

La dernière assemblée générale de Produit en Bretagne a démontré une nouvelle fois, à partir d’un sondage, tout le bénéfice économique d’une Bretagne fonctionnant à cinq départements. Dans l’enquête effectuée en 2007 auprès de 803 personnes, le taux de reconnaissance du logo est à proprement parler exceptionnel en Loire-Atlantique (80 %). Cette distinction se traduit par des ventes, des emplois et du business puisque 80 % des habitants du département « achètent des produits signés Produit en Bretagne » (82 % en Morbihan, 87 % en Côtes d’Armor, 77 % en Ille-et-Vilaine et 95 % dans le Finistère).
 
Rappelons que Produit en Bretagne regroupe 200 entreprises et plus de 100 000 emplois. La diffusion en Loire-Atlantique sur un marché d’1,4 million d’habitants est essentielle. Sur plusieurs éléments, les habitants de Loire-Atlantique sont même les champions de l’implication en survalorisant dans une question ouverte la « qualité des produits » (40 % contre 23 % pour les autres départements bretons) et « le soutien à la Bretagne ou l’attachement breton » (21 % contre 12 % en moyenne). Ils survalorisent à 69 % « un achat qui n’est pas comme les autres », dépassant sur ce critère les Côtes d’Armor (55 %), le Morbihan (47 %), le Finistère (47 %) et l’Ille-et-Vilaine (38 %)…

Cette enquête tombe à point nommé pour démontrer une nouvelle fois la sensibilisation économique exceptionnelle des consommateurs aux produits bretons, ce qui représente pour nos entreprises bretonnes un marché élargi.
 
En réalité, nous entrons dans un monde d’incertitude (risque alimentaire notamment) où les appellations d’origine contrôlée deviennent essentielles, dans une société où qualité, proximité et image de marque sont associées pour un développement régional durable. Du coup, la qualité des produits bretons et le monde des entreprises entrent de plus en plus en adéquation avec les attentes de consommateurs toujours plus nombreux à vouloir consommer breton, défendre l’emploi dans leur pays, aller de l’avant pour créer des richesses.
 
Face à ce constat, on est alors pour le moins surpris de l’inertie du monde politique. Certes, Patrick Mareschal a fait beaucoup (notamment en publiant un numéro spécial du Conseil général « Loire Atlantique et Bretagne. Unies par l’histoire et le cœur ») et le Conseil régional de la Bretagne administrée a voté à l’unanimité une résolution pour demander la réunification. De même, la Breizh Touch a été l’occasion de réunir l’ensemble des forces bretonnes à Paris, ce qui est très positif et mérite d’être salué. Toutefois, depuis, que s’est-il passé ? Rien de très sérieux. Certes, une commission a entériné quelques partenariats dans le domaine touristique ou sportif (par exemple pour le Tour de France à la voile ou le Tour de Bretagne cycliste). Des ponts et l’habitude de se rencontrer ont été confirmés.
 
En revanche, rien dans le domaine… économique. Le pôle « mondial » de compétitivité maritime de la Bretagne fonctionne même sans Nantes, ce qui fait un peu sourire quand on connaît l’origine des dynamiques maritimes dans le monde, systématiquement articulées autour d’un hub (et non d’un port d’importation énergétique, comme l’est pour lors le port de Nantes au trafic très déséquilibré). Pourquoi Nantes, en partenariat avec les autres ports bretons (Brest, Lorient, Saint-Malo…) ne prendrait-elle pas la tête d’un projet commercial et maritime breton, notamment pour exporter nos produits ? Qui, sérieusement, serait contre ?
 
Aujourd’hui, le monde politique ronronne quand la planète économique avance. La réunification bretonne est timidement « demandée » dans les faits et non construite par les actes. Du coup, on a l’impression que les vitesses d’évolution entre les mondes politiques et économiques sont de plus en plus dissemblables. D’un côté, les chefs d’entreprises bretons avancent sur la construction d’un territoire économique réel pour leur permettre de se développer. Ils se bagarrent autour d’une image de marque pour créer ou maintenir des emplois, conforter leur business, tenir dans un monde de plus en plus concurrentiel. De l’autre, on reste dans les négociations et les vagues promesses, en attendant semble-t-il que le temps passe.
 
Il serait temps aujourd’hui que les politiques avancent sur ce qui a quand même été un de leurs engagements.
 
Certes, la situation institutionnelle est difficile et la « pyramide » française fait beaucoup pour contrer l’émergence de réels pouvoirs régionaux. On sait aussi que la faiblesse financière des régions françaises limite leurs capacités d’action et de négociation. Toutefois, le décalage entre le monde des entreprises et le monde politique n’en est que plus criant. D’un côté, une dynamique apparaît. Elle crée du business, de la valeur ajoutée, pour des gens qui n’ont pas le choix et veulent « vivre et travailler au pays ». Produit en Bretagne poursuit sa marche, renforce l’exemplarité de ses exigences (notamment environnementales et sociales), érige le mutualisme et la solidarité comme valeurs, utilise la langue bretonne dans le métro parisien avec un taux de reconnaissance exceptionnel (7,3/10 quand la norme est à 5,7), ce qui confirme que la langue bretonne est pour la société bretonne une « griffe », un signe essentiel de différenciation dans un monde aseptisé. De l’autre, une léthargie semble s’installer sur ce sujet et l’on ne voit rien bouger. Les politiques n’auraient-ils plus de pouvoir pour construire par des actes tangibles, voire entériner institutionnellement, une réunification qu’ils ont appelée de leur vœux, inscrite dans leur engagement, et qui est demandée de façon pacifique et patiente par environ 70 % des Bretons ?

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